TRACES DE TOI
Depuis 2021, je m’efforce de faire revivre la mémoire de mon grand-père, Louis Rosier, pionnier de la Formule 1 moderne, entrepreneur au célèbre Garage des Boulevards à Clermont-Ferrand et résistant notoire au nom évocateur de « cheminant ».

La mission que je me suis donnée est la création d’un conservatoire/musée, «L’AVENTURE LOUIS ROSIER».
Au tout début, je ne connaissais pas grand chose au monde de l’automobile et j’ai décidé d’entamer un parcours mémoriel sur les traces de mon illustre ancêtre.
J’ai marché dans les traces de son inventivité, de sa fulgurance et de son engagement constant à rester un homme libre, parfois rebelle mais apprécié de tous.
Toutes ces rencontres extraordinaires, chargées en émotion, m’ont conforté dans l’idée que Louis Rosier appartient à l’histoire et à la mémoire collective, pour tout ce qu’il a entrepris dans sa vie, « une vie extraordinaire ».
Très vite, j’ai été émue de constater que sur les terres d’Auvergne, la mémoire est restée intacte et nombre de témoignages, d’encouragements de la part d’anonymes, de passionnés ou d’institutionnels sont venus me soutenir dans mon action.
Mais tout autant en France qu’à l’étranger, je fus accueillie avec la même bienveillance, m’exposant les heures de gloire de « l’homme bolide » au pilotage soigné, en plein âge d’or de l’automobile.
Ces « chevaliers de l’asphalte » ayant pour seul bouclier la passion folle, un casque en croûte de cuir, une combinaison en coton et un foulard flottant à plus de 290 km/h sur des circuits souvent de fortune.
Fangio, Farina, Fagioli, Villoresi, Trintignant, Behra, Étancelin, Sommer, Stirling Moss et bien d’autres encore ont ouvert la piste de l’ère moderne de la Formule 1, auxquels il convient d’ajouter Louis Rosier, le centaure du Mans, l’homme du quatuor du tout premier championnat du monde des conducteurs de Formule 1, premier pilote français, à jamais, à monter sur un podium dans la campagne de Bremgarten, ce 4 juin 1950.
Louis, le magnifique, au bout du bout de la « Carrera Panamericana », IVᵉ édition, le visage maquillé de traces d’huile et de poussière derrière la horde des Lancia. Louis, le prince de Zandvoort, le plus albigeois des clermontois. De Cadours à Silverstone, de Monza à Bordeaux, de Pedralbes à Spa Francorchamps en passant par Rafaela, la Sarthe, l’éternel Reims-Gueux, les routes enneigées du « four ever Monte-Carlo » et le mythique anneau de Linas-Montlhéry.
Louis, le rebelle, fidèle à la firme de Suresnes jusqu’au bout, quatre fois champions de France consécutifs et dont Trintignant, Manzon, Louveau, Mairesse, Shell, Chiron, Giraud-Cabantous et tant d’autres, construisent dans les années 50, la légende de l’écurie Rosier.
Louis, le promoteur de modèles automobiles imaginés avec ses sorciers dans l’antre du Garage des Boulevards avec la complicité du « couturier » turinois, Rocco Motto.
Et pour parachever son œuvre, Louis, le visionnaire, sillonnant les lacets sur les hauteurs de Clermont-Ferrand à la recherche du tracé parfait d’un circuit de montagne qu’il a rêvé et inspiré en compagnie de Jean Auchatraire et Raymond Roche.
Mon grand-père avait 50 ans lorsque la contre-courbe Ascari de l’autodrome de Linas-Montlhéry m’a privé de sa lumière et seuls un volant de Ferrari 750 Monza et un casque bleu de France, écorché, me rappellent à cet arrachement.
C’est vous, les Auvergnats d’abord puis les automobile clubs, les circuits d’aujourd’hui et d’hier, les collectionneurs, les musées, les auteurs et historiens, les fondations et enfin tous les passionnés, qui m’avez donné la force d’avancer, de me guider et je vous en remercie du plus profond de mon cœur.
Je n’oublie pas que l’Aventure Louis Rosier a débuté, ici, en Auvergne, croisant les destinées de l’Association Sportive de l’Automobile Club d’Auvergne et son regretté Jean Auchatraire, des membres fondateurs de l’Écurie Auvergne et de toute l’aventure humaine du Garage des Boulevards. Tous les héritiers de cette fresque, ceux et celles qui m’ont rejoint m’obligent désormais à « résister », à ma manière, contre l’oubli…
Pour tous ceux et toutes celles qui maintiennent haut la noblesse de l’histoire du sport automobile, des valeurs de créativité, de courage, de persévérance et d’audace, je veux vous dire, ici, ma reconnaissance et ma détermination pour qu’ensemble et autour de notre association nous œuvrions afin que ne s’éteignent jamais les phares mythiques de la Talbot Lago T26 GS, #110055, lorsqu’elle a construit son épopée mancelle dans la nuit du 24 juin 1950.
De la résistance à l’endurance…
À toi
ÉLODIE ROSIER
Présidente de l’Aventure Louis Rosier